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Angles sur l’anglin

Ancienne place forte posée au carrefour des provinces du Poitou, de Touraine et du Berry,  Angles sur l’anglin comptait au recensement de 2014 un peu plus de 380 habitants.

Située au cœur d’un territoire formant avec St Savin et les fresques de son Abbaye inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, la cité médiévale chauvinoise ou les vestiges de l’ancien Prieuré Fontevriste du XIIe siècle de la Puye, le triangle d’or du tourisme Poitevin ; la commune passe pour être, à juste titre l’un des incontournables du département de la Vienne (86).

 Un site préservé de 1475 hectares régulièrement classé parmi les plus beaux villages de France. Posé sur un écrin de plaines vallonnées, massifs verdoyants et falaises plus ou moins abruptes qui donneront son nom au village (anglar = rocher abrupt) et abritent aujourd’hui encore de nombreux spécimens protégés de chauves souris.

 L’intérêt stratégique du site apparaît au grand jour au début du XIe siècle avec l’édification d’une forteresse dont les ruines offrent aujourd’hui un panorama exceptionnel sur les ruelles étroites et maisons de tuiles plates de la commune.

Libéré par Duguesclin suite à son occupation par les troupes anglaises durant la guerre de cent ans, le village connaitra de nombreux bouleversements au fil des siècles.

Comptant jusqu’à plus de 1700 habitants dans les années 1830 (4 fois plus qu’aujourd’hui) avant d’être frappée de plein fouet par l’épidémie de  phylloxéra qui détruira la majorité des vignobles de la région durant la seconde moitié du XIXe siècle ; la commune devra sa renommée du milieu du XIXe siècle aux années 1960 à la broderie.

Aux « jours d’Angles », une technique de broderie employée sur le linge de maison et les vêtements qui connaîtra son heure de gloire durant l’Entre-deux-guerres avant de devoir faire face à la concurrence industrielle.

A voir :

          Le manoir des Grands Breux, jadis propriété des Du Plessis, présente une architecture de la fin du 15e siècle.

          Le manoir de Chavanne qui possède une tour d’escalier du 15e ou 16e siècle.

          L’église paroissiale Saint-Martin fin du 11e siècle.

          Le château des Certeaux date de la fin du 18e siècle

          Le Roc aux sorciers :*Site préhistorique considéré comme le « Lascaux de la sculpture » mis à jour après la seconde guerre mondiale, formant un ensemble unique en Europe, d’animaux sauvages sculptés dans la pierre (bouquetins, bisons…) au sein d’une fresque datant de – 15.000ans.

 

Michel Grain

 

Michel Grain bonjour, et merci de me recevoir chez vous. Vous êtes né le 6 octobre 1942 à Saint-Georges-Lès-Baillargeaux dans la Vienne (86) et avez notamment remporté le Grand Prix du Midi libre en 1967 devant Roger Pingeon (vainqueur cette année là du Tour de France) et Raymond Poulidor.

Question: Comment êtes vous devenu coureur cycliste et quel souvenir gardez-vous de votre première victoire.

Pour ce qui est du cyclisme, disons que j’y suis arrivé un peu par hasard, suite à une vilaine blessure au foot, ma première passion. Je jouais alors en tant qu’avant-centre et j’ai eu besoin de faire une assez longue période de rééducation. Le cyclisme est alors arrivé dans ma vie.

Pour ce qui concerne le souvenir de ma première victoire, c’est un peu loin tout çà. Le temps passe vite et je ne suis pas du genre à ressasser les choses. Ma plus belle victoire et ma plus belle grande course d’endurance reste au final et sans aucun doute mes 54 années de mariage, sans compter les années encore à venir.

Question: Avec 5 Tours de France de 1965 à 1968 et en 1970 dont une 37e place au général en 68. Deux Tours d’Espagne et autant de Tours d’Italie, quel est votre souvenir le plus marquant sur le Tour de France.

Je dirais la victoire de Lucien Aimar au général en 1966. Cette année là l’équipe aura été quasiment décimée et nous n’avons été que 6 à finir le Tour. Anquetil qui était le leader de l’équipe abandonnera lors de la 19e étape et fera ce jour là ses adieux au Tour .

Dans un tout autre registre, mais toujours en rapport avec Jacques Anquetil, bien que j’ai été dans l’impossibilité de faire le Tour cette année là, l’année 1964 restera pour moi un souvenir inoubliable. Anquetil m’avait sélectionné en Allemagne pour faire mon premier Tour de France, mais entre temps je me suis cassé le poignet.

Question: Pierre Chany, journaliste à L’Équipe dira de vous en 1964 :« ce garçon dispose d’une santé à toutes épreuves. Il ne rechigne pas devant l’effort, (…). Le soir à table, il anime la conversation, entretient la bonne humeur de sa répartie ». A propos de Jacques Anquetil et avec le recul, diriez-vous qui aura plutôt été plus séduit par votre coup de pédale ou votre coup de fourchette.

Oh je crois que c’est un tout. Un ensemble. Anquetil était un homme complexe. Beaucoup vous diront qu’il avait très mauvais caractère, au point d’apparaitre prétentieux, voir distant. En fait c’était quelqu’un de profondément timide, tout en retenu, et sans pouvoir dire si c’est ma fourchette ou mon humour qui lui auront plu, je peux vous certifier que c’était un type bien. Je crois qu’il m’avait à la bonne.

Question: La route semble forger de solides amitiés ; j’en veux pour preuve la venue dans la Vienne de Raymond Poulidor pour donner chaque année le départ de la Michel Grain, course inscrite au calendrier de la Fédération Française de Cyclisme. Quel genre de compagnon était Poupou en dehors des podiums.

Aujourd’hui en tout cas c’est un bon joueur de belote, mais il ne faut pas lui dire. Nous nous voyons au moins 2 fois par an et c’est toujours avec le même plaisir. Il sait se rendre disponible pour ses amis malgré un emploi du temps de ministre et des solicitations permanentes.

Pour en revenir à la « Michel Grain » je tiens à remercier le Maire de Nieuil l’espoir (Gilbert Beaujaneau – LR) qui depuis la seconde édition (la première s’étant couru à Nouaillé Maupertuis sous l’impulsion de Jacques Robuchon), à toujours été présent auprès de nous.

Plus généralement, il faut bien dire que la droite a fait énormément pour le vélo dans la Vienne. Je le lui ai bien rendu …

Comment çà ? …

Outre le fait d’avoir longtemps collé les affiches pour Alain Foucher (Sénateur de la Vienne et ex Maire de Chauvigny), je suis aussi à l’origine de quelques-unes des plus belles roustes de Jean-Pierre Raffarin. Il n’arrête pas de me le dire chaque fois que je le vois.

En 1967 il préférait regarder le Prix du Dauphiné que j’ai remporté plutôt que de réviser son BAC, et son Père était obligé de lui mettre des baffes pour le remettre sur le bon chemin.

Question: Vous qui avez couru aux cotés des plus grands durant votre carrière professionnelle de 1964 à 1970 ; Anquetil, Poulidor, Bahamontés, Jiménez, Anglade, Aimar, Merckx, Zoetemelk, Guimard ….. Quel regard portez vous sur la carrière et les performances du régional de l’étape Sylvain Chavanel.

Sincèrement, j’aurais tant aimé le voir gagner un Tour ; il le mérite. C’est un type génial. Sympathique, toujours disponible. Un palmarès formidable. Je ne le remercierais jamais assez de nous rendre visite chaque fois que possible sur la « Michel Grain ». Son oncle aussi d’ailleurs, Michel Chavanel, Vice-Président du comité départemental de cyclisme de la vienne. La famille est très investit sur le secteur.

Question: Malgré les trop nombreuses affaires liées au cyclisme, regardez-vous toujours le Tour de France avec la même passion ? vous rendrez vous sur les routes le 5 Juillet prochain lors du passage de nos champions dans la Vienne. Rappelons que vous résidez à une douzaine de kilomètre de la Puye (à 3 coups de pédales en somme).

Je regarde bien évidemment toujours le Tour de France avec la même passion, en mettant de coté les problèmes de dopage. Je crois avoir lu que le cyclisme était en 7e place sur la liste des sports concernés mais c’est du Tour que l’on parle le plus. C’est toujours comme çà…. regardez les images de foot et vous verrez que, bien que Deschamp ne chantait pas la Marseillaise, c’est à Benzema qu’on le reproche aujourd’hui !!!

Le Tour est une cible facile ; peut-être parce que c’est l’une des rares épreuve populaire qui nous reste. Pour le reste, Armstrong a fait sa part de boulot. Lui enlever toutes ses victoires sans enlever celles des Festina n’a pas de sens, mais je préfère parler d’autre chose.

Question : Le cyclisme mène à tout, à condition d’en sortir. Vous avez été, après avoir pris votre retraite sportive, chauffeur routier pendant 12 ans, dirigeant d’entreprise et aujourd’hui un grand-Père surement attentionné. Vous qui avez pas mal bourlingué tout en étant émailleur de formation, quel regard portez-vous sur la situation difficile que traverse depuis quelques années la porcelaine de Chauvigny fondée en 1826.

Pour y avoir fait mon apprentissage et avoir une épouse qui y aura travaillé 33 ans, j’avoue que je trouve cela regrettable. Les Russes se sont retirés mais j’ai entendu dire qu’il y aurait un repreneur potentiel. Comme toujours il y aura de la casse et ce sont les ouvriers qui trinqueront.au final. Chauvigny n’avait pas besoin de çà. Pas plus d’ailleurs que les commerces du centre n’ont besoin de la guéguerre entre Chauvigny et Jardres ou de l’installation d’un intermarché pour concurrencer Leclerc.

Propos recueillis par Francis Picard

 

Sylvain Chavanel

A quelques jours du départ du Tour de France 2016, et après un début de saison qui l’aura vu participer au Tour de Belgique, aux trois jours de la Panne, à l’étoile de Bessèges ou encore aux 4 jours de Dunkerque, Sylvain Chavanel nous accordait une interview lors d’une rencontre impromptue au coté de: Raymond Poulidor, Michel Grain, Christian Poirier, Jean-Claude Genty, Guy Epaud, Michel Dejouhannet.

Question:Comment vous sentez-vous  physiquement, et quelles sont vos ambitions cette année sur le Tour au sein de votre nouvelle équipe Direct Energie.


C’est vrai que le début de saison a été bien rempli. Je fais actuellement 4h de vélo par jour, ce qui commence à faire pas mal de kilomètres, mais pour ce qui est de mes ambitions sur le Tour, elles restent liées à mon gabarit qui est un peu trop massif pour la montagne et le classement général.
Un contre la montre, ou pourquoi pas une victoire d’étape ; tout dépend de la stratégie mise en place par l’équipe et de ma forme durant les 3 semaines de courses à venir.

 

Question: Durant les premières saisons de votre carrière professionnelle, votre objectif principal était semble t-il le Tour de France, au point que  vous auriez déclaré dans une interview à L’humanité pour justifier votre profil de coureur : « Je suis un attaquant, j’ai envie de provoquer, de mettre le bordel dans le peloton».
 Sans parler de mettre le bordel, les mauvaises langues renchériraient que le peloton ne vous aura pas attendu pour cela, vous aurez réussit à marquer de votre empreinte le monde du cyclisme professionnel, au point d’être aujourd’hui encore classé 135e  à l’UCI, après 42 victoires toutes courses confondues et plus de 100 podiums tout au long de votre carrière. Quel est votre plus beau souvenir sur le Tour.

Sans aucun doute mon tout premier Tour de France en 2001. J’étais le benjamin de l’épreuve et je me retrouvais d’un seul coup au milieu des champions que je voyais à la télé. J’avais les yeux émerveillés par les Virenque ou Jalabert.
Par la suite il y a eut bien sûre le maillot jaune que j’ai porté à 2 reprises et mes 3 victoires d’étapes. Au final j’aurais eut la chance de porter tous les maillots au moins une fois, ce qui n’est pas si mal.
J’ai enormément de bons souvenirs mais aussi quelques mauvais …

Lesquels sans vouloir être indiscret ?


… celui de l’an dernier fait partis de mes plus mauvais souvenirs à cause de mes problèmes de santé. Une bronchite mal soignée et la volonté un peu imbécile de vouloir aller jusqu’à Paris sans abandonner ni tenir compte des conséquences. Avoir voulu pousser trop loin les limites du raisonnable.

Question: Pour avoir certainement reconnu le parcours de la 4e étape du Tour, et connaître ce  paysage qui reste celui de votre terrain de jeu (rappelons que vous êtes natif et habitez à quelques kilomètre de chez nous), convenons que la portion empruntée à la Puye n’est certainement pas des plus technique et pourrait être l’occasion de belles échappées. Pensez-vous qu’en tant que régional de l’étape vous auriez une carte à jouer sur vos terres le 5 juillet prochain?

Pour bien connaître le secteur, disons qu’il s’agit d’une étape de sprinter. Partant de là les places risques d’être chères car beaucoup voudront arrivés bien placés à Limoges. C’est vrai que j’aimerais au moins pouvoir faire juste un clin d’oeil (ou un peu plus), mais tout dépend de ce que l’équipe décidera de mettre en œuvre autour de Bryan Coquard.

Question: Un doublé des frères Chavanel entre Châtellerault et la Puye serait-il envisageable?

Tout est toujours possible dans un Tour, c’est ce qui fait le charme de la course.

Question:  Après 15 Tours de France, 3 victoires d’étapes, 2 prix de la combativité ; avoir porté à 2 reprises le maillot jaune, à bientôt 37 ans comment envisagez vous la suite de votre carrière après cette édition 2016.

J’aborde ce Tour comme celui qui pourrait être le dernier, même si je pense qu’il peut me rester encore 1 ou 2 bonnes années à faire au sein du cyclisme professionnel. Pour le reste, c’est vrai que je commence à réfléchir de plus en plus sérieusement à ma reconversion, même s’il est vrai que la conjoncture actuelle n’est pas évidente.
Une chose est sure, c’est que je vais enfin pouvoir être plus souvent auprès des miens. Profiter des plaisirs de la vie et voir grandir mes enfants.

Question: La Puye fête cette année ses 900 ans et l’occasion du passage du Tour de France nous est apparue être une bonne occasion de mettre en parallèle notre propre histoire avec celle des légendes du Tour.  Parmi tous les coureurs de légende, quel est celui qui vous a donné envie d’y aller. De monter sur un vélo au point de vouloir devenir à votre tour un champion.

Indurain, Chiappucci et les coureurs de cette génération sont surement ceux qui m’ont donné envie de franchir le pas ; mais le premier d’entre tous reste sans aucun doute mon Père qui était un très bon coureur au sein de la pédale chatelleraudaise et qui a donné le virus à toute la famille. A ses frères d’abord et à ses enfants par la suite.

 

Question: Vous amitié pour les anciens pros  vous amène à participer autant que faire se peut à la Michel Grain, course en ligne se déroulant chaque année à Nieul l’espoir (86) et dont la notoriété tient plus à la présence de légendes du Tour tel que Raymond Poulidor ou Michel Grain qu’à la réelle difficulté du parcours.
 Le cyclisme professionnel a profondément évolué ces dernières décennies. Quel regard portez-vous sur la carrière de gens tels que Raymond Poulidor et sa popularité toujours intact à près de 80 ans sur le bord de nos routes.

J’ai beaucoup de mal à regarder en arrière. Il y a eu de champions avant nous et heureusement il y en aura aussi beaucoup après, mais c’est vrai que Raymond Poulidor a su garder une place à part dans le cœur du public. Le vélo est une grande famille vous savez. On y trouve de belles histoires d’amitié. J’aime bien me rendre sur la « Michel Grain » ou d’autres épreuves quand c’est possible pour retrouver les anciens. J’aborde ces courses comme des séances d’entrainement.

Question: Quel est selon vous au seins des coureurs poitevins, celui (ou ceux) qui vous semble promis à un bel avenir sur les podiums ?

J’en citerais deux. Valentin Ferron qui est un voisin et Thomas Bonnet. Ce sont à mon sens deux grands espoirs du cyclisme. Le premier cumule cette année les bons résultats; quand au second, spécialiste de cyclo-cross il a remporté la médaille de bronze lors de sa première participation aux mondiaux en Belgique.

Question: Mis à part vous bien évidement, qui voyez vous sur le podium à Paris ?

La course reste très ouverte et il n’est pas facile de faire un pronostique de l’intérieur. Comme je vous le disait ma 4e place à l’étoile de Bessèges, 5e  aux trois jours de la Panne ou encore 13e au Tour de Belgique ne doivent pas faire oublier mon gabarit peu taillé pour le général. Il vous reste  180 coureurs dans le peloton, alors « bon pronostique à vous ».

 

Christian Poirier

 

Bien que n’ayant couru qu’un seul Tour de France et apparaissant comme un espoir du cyclisme professionnel auquel on aurait coupé les ailes, Christian Poirier né le 6 décembre 1954, ne semble avoir garder aucune amertume ou rancœur envers un milieu qui lui aura permit de vivre quelques uns des plus beaux jours de sa vie.

Question : Vous êtes encore jeune (61 ans), autant dire presque un gamin au regard des Raymond Poulidor et autres Guy Epaud ou Michel Dejouhannet. Continuez-vous à courir en tant qu’amateur au sein d’un club ?

J’ai malheureusement été obligé d’arrêter à cause d’un problème de santé. Un infarctus il y a 11 ans et la pose de deux stents. Je continue à faire un peu de vélo pour le plaisir mais je n’ai pas encore pu reprendre de licence. J’espère pouvoir en reprendre une prochainement pour pouvoir faire quelques courses comme « la Michel Grain » avec les copains. L’ambiance des courses me manque.

Question: Vous avez participé au Tour de France en 1979 et avez dû abandonner lors de la 16e étape. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience et sur des champions que vous avez pu côtoyer.

J’ai en effet été poussé à l’abandon alors que j’avais passé les Pyrénées et une partie des alpes dans les 25 ou 30 premiers, à cause d’une bronchite. Je n’arrivais plus à respirer entre Morzine et les Ménuires (étape remportée par Lucien Van Impe, maillot jaune Bernard Hinault; cette année là, seulement 60% des coureurs finiront le Tour)

J’aurais pu avoir une occasion l’année précédente de faire mon premier Tour de France dans l’équipe Lejeune-BP, mais Roger Legeay aura préféré ce qui se faisait beaucoup à l’époque ; le copinage au détriment des résultats. Michel Le Denmat prendra le départ à ma place et abandonnera le Tour en cour de route (avant de partir finir sa carrière chez « les amis du Tour »)

Question : Si vous aviez un seul regret …

Celui de n’avoir fait qu’un seul Tour de France. Mais je ne me plains pas, vous avez des coureurs qui appartiennent aujourd’hui encore à des équipes et qui ne feront jamais le Tour. J’avais encore 10 ans devant moi lorsque que j’ai quitté le cyclisme professionnel, mais cette année là 4 ou 5 équipes ont mis la clé sous la porte et nous avons été nombreux à nous retrouver sur le carreaux.

Question: Le Tour a profondément évolué ces dernières années et les français y restent profondément attachés. Vous rendrez vous à l’une des arrivée d’étape de cette édition 2016.

Sûrement oui, ça reste la plus belle épreuve au monde. Je me souviens qu’à l’époque nous étions accueillis comme des princes dans les villes et le hôtel, avec demandes d’interviews et d’autographes. C’est la plus belle mais aussi la plus dure des courses.

Question : Combien de kilomètres faisiez vous par an …

50,000 en vélo et 70,000 en voiture pour nous rendre sur les épreuves. Aujourd’hui pour aller du Tour de Belgique à celui de Lombardie on prend l’avion, mais je me souviens avoir traversé la France en voiture avec Marc Durant (5 Tours de France au compteur). Autant dire qu’au départ de la course nous n’étions pas très frais. Dans ce sens le Tour a profondément évolué, et ce n’est pas un mal.

Question: Un pronostique pour le podium à Paris ?

C’est très compliqué de faire un pronostique, il y a énormément de gens qui arrivent. Christopher Froome peut-être.

Dans les années 80 nous courions 110 jours par an. Aujourd’hui certains en cours 70 et sélectionnent leurs épreuves. Çà rend plus difficile le pronostique car on a aucun repère quant à leur forme au départ du Tour. Je pense que Froome peut arriver sur le podium à Paris.

Question: Quel est selon vous votre plus belle victoire ; votre plus beau podium.

Je dirais qu’il y en a quelques unes, mais ma fierté reste le titre de meilleur grimpeur en 1979 au Tour de Belgique, que l’on appelle à tort le plat pays. Meilleur grimpeur devant le grand Francesco Moser (250 victoires au compteur)

Question: Quel regard portez vous sur la carrière et les performances du petit jeune et régional de l’étape Sylvain Chavanel.

Sylvain est quelqu’un que j’apprécie énormément et que je côtoie régulièrement. C’est sans aucun doute le meilleur d’entre nous ; je parles là des coureurs de la Vienne.

C’est un grand champion au palmarès impressionnant. Il a su rester humble et simple malgré la pression. Il a cette capacité de  savoir se mettre au service des autres, d’une cause ou d’une équipe qui m’impressionne énormément. Il n’y a qu’à voir son attitude remarquable lors de 4 jours de Dunkerque pour apporter son soutien à Brian Coquard, son coéquipier qui gagnera l’épreuve.

Propos recueillis par Francis Picard

 

Raymond Poulidor

 

Né le 15 avril 1936 Raymond Poulidor aura longtemps tutoyé les sommets au côtés des Louison Bobet, Jacques Anquetil, Eddy Merckx ou Bernard Hinault, et endossé le maillot d’« éternel second ».

Bien qu’il n’ai jamais remporté le Tour de France en 14 participations, ni même porté le maillot jaune de 1960 à 1977,« Poupou » aura été Vainqueur de 189 courses dont les célèbres Milan-San-Remo, Tour d’Espagne et Grand Prix des Nations. Echouant de 14 secondes à porter le maillot jaune au sommet du puy de Dôme en 1964, ou encore, de 80 centièmes de seconde face à Joop Zoetemelk, lors du prologue de 1973.

Aujourd’hui agé de 80 ans celui qui doit son surnon au journaliste sportif Emile Besson qui titrera en juillet 1962, son devenu célèbre « Vas-y Poupou ! » dans L’Écho du Centre, intervient sur le Tour de France au côté de la LCL (partenaire du maillot jaune). Nous l’avons rencontré quelques jours avant le départ de la grande boucle.

Question: Raymond Poulidor Bonjour, vous faites parti de ces rares personnalités que l’on a naturellement envie de tutoyer tant elles font partie de notre vie et de notre patrimoine.

Alors même que vous venez il y a quelques semaines de fêter vos 80 ans, qu’est ce qui vous motive encore autant aujourd’hui pour continuer ainsi à parcourir nos routes et porter aussi si haut les couleurs du cyclisme hexagonal?

L’amour du vélo bien sûre. Je ne sais faire que çà et j’ai tellement de souvenir dans ce milieu que je n’ai pas envie de m’arrêter. J’en ai vu passer des coureurs et j’espère en voir encore passer longtemps.

Question: Mon fils qui fêtera ses 6ans le 30 juin prochain rêve « aujourd’hui » de devenir médecin. Peut-être finira t-il soigneur sur le Tour d’ici quelques années, mais plus sérieusement, l’avenir du cyclisme professionnel vous parait-il à ce point assuré qu’il puisse être perçu comme un déboucher crédible pour nos sportifs en herbes et champions de demain ?

Le Tour a beaucoup changé depuis les années 70. Disons pour être franc que je n’aurais peut-être pas pu faire la carrière que j’ai fais dans les conditions actuelles. On peut trouver regrettable que chaque équipe ai aujourd’hui 2 bus et 25 voitures suiveuses au détriment du nombre de coureurs mais c’est ainsi. C’est l’évolution. C’est peut-être un peu trop pour moi.

Question: Vous êtes aujourd’hui dans la Vienne pour donner le départ de la 11 ème édition de « la Michel Grain », mais aussi et surtout par amitié pour Michel Grain en personne. Vous qui êtes si longtemps passé pour l’éternel second, alors même que le tableau de vos seules victoires pourrait faire pâlir d’envie bon nombre de nos coureurs actuels, si vous n’aviez qu’une victoire à vouloir mettre en avant au cour de votre carrière exceptionnelle, qu’elle serait-elle ?

Sincèrement aucune. C’est un tout, un ensemble. Je ne serais pas Raymond Poulidor sans mes victoires et mes défaites. Sans tous ces podiums. Milan San rémo, 4 jours de Dunkerque …… par contre si je n’avais qu’une déception, une seule, c’est d’avoir été renversé par un motard en 1968 alors que j’étais en passe de pouvoir gagner le Tour. ça oui !!!

Question: Vous serez bien évidement cette année encore présent sur les routes du Tour, du 2 au 24 juillet prochain. Vous qui êtes aujourd’hui venu  dans la Vienne en voisin, quel regard portez-vous sur la carrière de Sylvain Chavanel, le régional de l’étape ?

Ah Sylvain !!! C’est un grand coureur. Il vit actuellement une seconde jeunesse. C’est un exemple pour les jeunes coureurs, tout comme  Thomas Vokler que j’adore,même s’il n’a pas très bonne presse au sein du peloton.

Question: Vous êtes depuis de nombreuses années présent sur le Tour, et avez eu le temps de côtoyer tout ce que la planète cyclisme a pu compter de champions. Lequel vous a le plus impressionné.

Impressionné je ne sais pas, il y en a tellement … mais le plus enquiquiné, surement Anquetil ; et Merkx dans une autre mesure. J’en garde de bons et de moins bons souvenirs. C’était la course. Pour ce qui est du Tour j’en suis à ma 54e édition cette année ; ça commence à compter. Quand je ne serais plus sur le Tour ne me cherchez pas, c’est que ce sera la fin … pour moi, car le tour à encore de nombreuses et belles années devant lui.

Permettez moi juste pour finir de m’adresser à la légende et de vous dire … Merci « Poupou ».

Vous savez, il vaut mieux vivre avec des souvenirs que des légendes. Le Tour de France est la plus belle des courses. Le 5 Juillet offrez des souvenirs à vos enfants en les emmenant sur le bord des routes. Les légendes de demain sont surement dans le peloton.

 

Propos reccueillis par Francis Picard

 

Philippe Croizon

 

Touché par un arc électrique de 20.000 volt qui lui aura fait perdre l’usage de ses membres en 1994, Philippe Croizon est de ces hommes qui forcent le respect, tant par sa volonté de repousser toujours plus loin les frontières du possible, que par son optimisme à toutes épreuves. Des épreuves dont lui seul sait à quel point elles ont pu être douloureuses.

La nation ne s’y est pas trompée, qui lui a décerné le titre de chevalier de la légion d’honneur pour avoir su prouver au plus grand nombre, que « rien n’est jamais impossible »

Citons au titre de ses exploits, la traversée de la Manche en 13 heures et 26 minutes en 2010, après deux années d’un entraînement intensif, à raison de plus de 35 heures de natation par semaine et 280 kilomètres de brasse par mois.

Philippe Croizon reliera quelques mois plus tard, pour les 30 ans d’handicap international, les 5 continents toujours à la nage lors d’une expédition de 100 Jours entre Océanie, Asie, Afrique, Europe et Amérique.

Question : Philippe Croizon bonjour. On ne compte plus le nombre de vos exploits, de vos interventions dans les médias ou conférences en entreprises ; de vos ouvrages aussi, ou de vos films. Pour vous avoir rencontré à votre domicile courant 1995, quelques mois seulement après votre sortie d’hôpital, et alors même que vous n’étiez encore qu’un illustre inconnu, j’avoue avoir été bluffé par votre détermination et votre mental. Où puisez-vous aujourd’hui encore cette force et cette énergie qui vous font courir?

Dans l’envie. tout simplement. L’envie avec un grand « E ». L’envie de tout, mais surtout l’envie de vivre. Il y a temps de choses à faire, à voir ou à découvrir ; de richesses inexplorées ou inexploitées. La vie est si fragile (…). Pour ce qui est de vous avoir bluffé lors de notre rencontre il y a déjà plus de 20 ans, j’en suis ravis, mais vous avez raison de préciser en retour, à propos des épreuves que moi seul sait, avec mes proches, à quel point elles ont pu être douloureuses.

Question : Vous rentrez tout juste d’un entraînement intensif au Maroc, et je vous remercie d’ailleurs de bien vouloir nous consacrer un peu de temps . Certaines sources laissent entendre que vous pourriez participer au Dakar 2017. L’information est-elle exacte, et si oui, où en êtes vous de votre préparation ?

Nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements; enfin … un peu plus tout de même. La voiture est quasiment prête. Les ingénieurs, je tiens à les remercier, ont fait un travail formidable. Nous avons cassé la boite de vitesses dans les dunes marocaines lors des essais de roulage, et nous attendons sa réparation. Les essais reprendront prochainement. Il nous reste encore pas mal de travail, mais nous serons prêt.

Question : Après votre participation remarquée au programme court « vestiaires » de France 2 et une filmographie déjà largement récompensée, vous avez participé il y a quelques semaines, au tournage du prochain film de Franc Dubosc, lequel devrait sortir en salle en fin d’année. Sans en dévoiler l’essentiel, ni trahir de secret, que pouvez nous vous dire de cette nouvelle expérience ?

Ce n’est certes pas le rôle du siècle, mais j’ai tout de même 3 ou 4 petites scènes. Il s’agit plus d’une apparition en tant qu’invité « guest », mais çà a vraiment été une expérience agréable à vivre. Franck Dubosc est quelqu’un de très sympathique et je signerais « des deux mains » pour un prochain rôle. Le film devrait sortir en Janvier ou Février prochain.

J’ai aussi tourné, et ça me tiens très à cœur d’en parler, une série Web que je ne peux que vous conseiller d’aller regarder,  » Vis mon sport » avec 4 premiers épisodes sur l’équitation.

Question: Vous qui, au sens propre comme au figuré, avez touché le fond et su faire preuve de persévérance pour remonter à la surface (Philippe Croizon détient en effet depuis 2010 le record de plongée pour un amputé des 4 membres avec une profondeur de 33m).

Parce que l’on pourrait me reprocher, à juste raison, de ne pas aborder le sujet du Tour de France à l’occasion de son passage le 5 juillet prochain à la Puye, quel regard portez vous sur le cyclisme professionnel après toute ces années entachées par le problème du dopage.

Le Tour est une vitrine formidable pour la France et c’est vrai que ces histoires à répétition on pu faire mal au cyclisme et au sport en général; mais je crois qu’un excellent travail à été réalisé par la direction du Tour et l’ensemble des professionnels du cyclisme. Souvenons-nous toujours que cet événement sert la promotion de nos terroirs et territoires à travers le monde. Et çà, çà n’a pas de prix.

Question : Dans un tout autre registre, si vous aviez un message à faire passer aux habitants de la Puye, qui s’interrogent aujourd’hui quand à leur avenir au sein d’un grand Poitiers dont les instances apparaissent très éloignées, qu’aimeriez-vous leur dire?

Étant pour ma part un peu plus au nord, sur le Chatelleraudais, vous comprendrez que je ne puisse pas être au fait du dossier Grand Poitiers, … mais il est agréable de penser que malgré ou grâce à son « Presque millénaire d’histoire » votre commune (mais cela vaut aussi pour quelques autres) a su garder cette part d’authenticité qui fait aujourd’hui sa force. Bien que cette nouvelle étape puisse légitimement conduire les habitants de la Puye à se poser de nombreuses questions, il ne fait à mon sens aucun doute que vous saurez trouver votre place au sein de cette nouvelle entité pour continuer à avancer ensemble. Votre histoire est votre force, et votre patrimoine votre atout. Sachez dépasser vos craintes et vos doutes. Tout est possible. L’impossible n’est que dans nos têtes.

Question : Une dernière question Philippe Croizon. On dit qu’il vaut mieux vivre avec des remords plutôt que des regrets. Si vous aviez un seul regret aujourd’hui quel serait-il ?

Si j’avais un seul regret, et encore ce n’en est plus vraiment un depuis 5 ou 6 ans, c’est d’être monté sur cette échelle en 1994 pour régler une antenne ( la cause de son accident ). Mais de cette « faiblesse », ou de ce regret, j’ai aujourd’hui fais une force. Et c’est vraiment le message que je voudrais faire passer à nos gamins et à chacun d’entre nous; on peux toujours relever la tête et s’en sortir.

Merci Philippe Croizon pour votre accueil et votre disponibilité. A très bientôt je l’espère ; peut-être un jour parmi nous à la Puye …

Peut-être, qui sait !!! Il m’arrive en effet de faire des interventions dans les écoles, pourquoi pas la votre ; mais il m’est très difficile de prévoir actuellement quoi que ce soit  vu mon planning. J’ai une école au Blanc (36) à aller voir  depuis déjà un bon moment mais, les pauvres, je n’arrête pas de repousser mon intervention.

Propos recueillis par Francis Picard

Retrouvez Philippe Croizon sur son site :

http://www.philippe-croizon-consulting.com/

dans ses écrits

« J’ai décidé de vivre » Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, en 2006

« J’ai traversé la Manche à la nage » – Éditeur Jean-Claude Gawsewitch, 2012

« Plus fort la vie »– Éditions Arthaud, 2014

et sa filmographie

« Philippe Croizon, la vie à bras-le-corps » – 52 minutes (2012) Coproduction : Gédéon Programmes, France 3 Poitou-Charentes

« Philippe Croizon, Arnaud Chassery, Nager au-delà des frontières » – 110 mn

Notons enfin l’apparition remarquée de Philippe Croizon dans « Human » de Yann Arthus-Bertrand sorti en 2015.

 

Jean-Claude Genty

 

Né le 17 février 1945, Jean-Claude Genty (71 ans) aura participé à 4 Tours de France et roulé dans la roue de quelques grands noms du cyclisme professionnel, au seins de l’équipe Bic. Lucien Aimar, Jacques Anquetil et autre Luis Ocana ; ou encore Raphael geminiani (excusez du peu) en tant que directeur sportif.

Question : Monsieur Genty bonjour, me permettez vous en tant que conseiller municipal de la Puye, seule commune de l’agglomération urbaine de Poitiers à recevoir le Tour de France 2016, de vous poser quelques questions.

Bien sûre, je suis de Romorantin et la Puye est une commune où je passe régulièrement pour aller rendre visite à mon ami Michel (Grain) à Chauvigny. L’axe Angle sur l’anglin – Chauvigny est magnifique.

Question: Votre parcours en tant que cycliste professionnel vous a fait croiser quelques grands champions. Lequel vous a le plus marqué et quel à été celui qui vous a donné envie de vous lancer.

Anquetil et Merkx sans aucun doute. Mais Anquetil surtout, face à qui j’ai déjeuner un jour par hasard avec Michel (Grain). Je peux vous dire que je n’ai rien mangé du repas tellement j’étais impressionné. Imaginez moi quand j’ai couru par la suite à ses cotés, çà a été un rêve de gosse qui se réalisait. Çà c’était du champion.

Question : Vous avez été classé meilleur grimpeur lors du critérium du Dauphiné libéré en 1970 et avez même trouvé le moyen de gagner un étape. Qui selon vous a le plus de chance de porter le maillot à poids sur l’édition du Tour 2016.

Houlà !!! pas facile à dire. Les contrôles sont extrêmement rigoureux ces dernières années et ont permis de ramener les performances dans la limite du raisonnable. Imaginez un peu, au Giro ils étaient à 35km/h de moyenne sans qu’il y ait eu de véritable difficulté. Le vélo est propre aujourd’hui et c’est tant mieux.

Question : Est-ce à dire que çà n’a pas toujours été le cas …

Il ne faut pas rêver, on a été très nombreux à prendre des produits ou des hormones. Beaucoup de produits n’étaient pas interdits et ceux qui l’étaient n’étaient pas forcément détectables dans les urines. J’ai fais comme tout le monde mais je n’ai pas abusé. Regardez parmi les anciens et vous verrez que certains ont pris énormément de poids. D’autres sont décédés jeunes. Est-ce vraiment normal pour des cyclistes …

Question: Quel est votre souvenir le plus marquant sur le Tour de France.

Ma rencontre avec ocana auprès de qui j’ai couru 4 années, chez BIC et qui a gagné le Tour de France en 1973 et celui d’Espagne en 1970. En 71 il a prit 8 minutes à Eddy Merkx avant d’être obligé d’abandonner alors qu’il avait pas mal d’avance, suite à une chute sous l’orage dans la descente du col de Menté. Ça c’était un véritable champion. L’un des plus grand; le plus grand pour moi.

Question: Quel regard portez vous sur le régional de l’étape Sylvain Chavanel et plus généralement sur le peloton d’aujourd’hui

C’est un grand champion. Je l’ai vu dernièrement à Dun le Palastel. Il a su rester simple, souriant et abordable. Pinault et Bardet sont 2 grands espoirs. J’apprécie la simplicité et le tempéramment de Bardet.

Merci Monsieur Genty pour votre accueil …

Une dernière chose, je trouve votre idée de mettre en valeur votre commune très interressante, et je ne doute pas que les caméras de télé s’y interressent.

Encore me faudrait-il quelques contacts …

Tiens justement, le voici qui arrive. Venez je vais vous présenter notre champion de belote… Raymond (Poulidor)

 

Guy Epaud

 

Avec une 19 ème place au grand Prix des nations en 1961, 2 Tours de France, dont une victoire d’étape, une victoire au classement général par équipe en 1964, Guy Epaud né le 21 septembre 1936 à Saint-Vallier (Charente) a su hisser son nom sur le podium des légendes du Tour.

Question: A l’image du laboureur de Jean de la Fontaine, le célèbre journaliste et écrivain Antoine Blondin, auteur entre autre de « un singe en hiver » et de nombreux articles sur le Tour de France pour le journal l’équipe dira de vous que « bien qu’Epaud n’avait pas pour parents les cultivateurs de la fable, si un trésor devait être caché, c’est dans l’homme, éclatant de santé, de franchise et de malice que se cachait la pépite ». Du cultivateur ou du cycliste, de qui vous sentez-vous le plus proche aujourd’hui.

L’âge avançant (sourire aux lèvres), certainement de plus en plus proche de la terre… Il faut dire que les cyclistes sortaient souvent du milieu agricole avant. Mon Père était producteur de tabac et champion lui-même. Çà m’a aidé car j’avais toute la famille derrière moi. En 1960 je pouvais gagner 700 francs la journée alors que le salaire moyen en France devait être de 250 francs par mois. Mon oncle me conduisait en voiture sur les courses. La récolte de 1956 a été un tournant car j’ai réussit à convaincre mon Père de m’acheter une magnifique traction-avant du dernier cri, pour aller faire des courses encore plus loin. Pas pour frimer car je n’avais pas la grosse tête, mais c’est vrai que quand j’arrivais on me remarquait. C’était il y a 60 ans et elle roule toujours.

Sérieusement ? …

oui, je vous enverrais une photo, elle est comme neuve.

Question: Avec un palmarès à faire pâlir d’envie quelques prétendants au départ du Tour 2016, quel souvenirs gardez vous de votre carrière professionnelle au sein de l’équipe Pelforth, Sauvage, Lejeune, au coté d’Henry Anglade et en concurrence direct avec les légendes telles que Anquetil, Bahamontès et bien évidement Poulidor.

Un de mes plus beau souvenir reste d’avoir laissé loin derrière Bahamontès qui était un excellent grimpeur mais moins bon dans les descentes. En 1964 à Perpignan je suis arrivé 2nd à 1’’ De Roo et le lendemain nous avons remis çà pour tenter de détrôner Bahamontès. Au final à Paris il arrivera 3e et portera le maillot de meilleur grimpeur. Nous placeront 3 coureurs parmi les 6 premiers (Groussard, Anglade et Foucher) et gagnerons le classement par équipe.

Question : Et Raymond (Poulidor) dans tout çà …

Il finira 2nd à Paris derrière Anquetil à 55’’. Dommage seulement que pour moi il n’y est eut que 2 Tours de France ; mais ca c’est une autre histoire.

Question : Parlons-en justement si vous le voulez bien…

En 1964, l’équipe Pelfort a fait une excellente saison mais un différent financier avec De Muer m’a conduit a quitter l’équipe. Pensez donc, à l’arrivée du Dauphiné libéré à Avignon j’en étais arrivé à pleurer 200 franc de l’époque pour pouvoir rentrer chez moi alors que l’équipe était celle qui avait gagné le plus d’argent. J’ai appelé De Muer au téléphone qui m’a raccroché au nez en me disant « je ne parle pas d’argent au téléphone ». Je lui ai donc écrit et çà ne lui a pas plu. Ce type était une …

Pensez donc, même Henry Anglade m’a dit quelques années plus tard s’être fait enfler. Le différent est arrivé aux oreilles de notre direction et j’ai fini par quitter l’équipe. Cette année là j’ai perdu énormément d’argent pendant que monsieur se faisait faire des maillots avec nos primes..

Question: Votre amitié pour Michel Grain et quelques autres grands champions tels que Raymond Poulidor vous amène chaque année à venir en voisin nous rendre visite. Quel souvenir conservez vous de vos courses avec Raymond Poulidor. Une anecdote ?

Raymond est un ami, et nous nous voyons régulièrement. Ce qui a pu arriver pendant les courses n’a rien à voir avec se qui pouvait se passer à l’extérieur. Il nous en a certainement un peu voulu à l’époque car on peut dire qu’on lui a un peu fait perdre le Tour 1964 pour 55’’.

Question: Quel regard portez-vous sur le cyclisme professionnel aujourd’hui et sur le Tour en particulier. Un pronostique pour le podium à Paris ?

Je regarde toujours le Tour avec intérêt … dans mon fauteuil. Les réalisateurs font un travail formidable. On se croirait dans la course. Quand on a eu la chance de faire 2 Tours de France complets on ne boude pas son plaisir à regarder la plus belle épreuve de cyclisme du monde. Pour ce qui est de faire des pronostiques c’est une autre histoire.

Question: Quel regard portez- vous sur la carrière du régional de l’étape Sylvain Chavanel.

C’est un grand champion, très sympathique qui a fait une excellente carrière, même si à 37 ans ses meilleurs années au sein du cyclisme pro semble être derrière lui. Dommage qu’il n’ai pas pu être ici aujourd’hui parmi nous. Il court je crois. Il a su rester très abordable.

Question: A presque 80 ans, quel regard portez vous sur le monde et la société d ‘aujourd’hui.

Vous savez, en quittant le cyclisme j’ai acheté 2 camions qui m’ont permis créer un entreprise d’extraction de Kaolin pendant 20 ans, et j’ai aussi repris la ferme de mes parents. J’ai bien gagné ma vie, ce qui m’a permis de faire une donation à ma fille et offrir une maison à mon fils (et d’ajouter malicieusement) … avant qu’Hollande arrive.

Aujourd’hui j’ai toujours 1 hectare de maréchage que je cultive seul depuis mon départ à la retraite il y a 20 ans. Ca me permet de mettre un peu de beurre dans les épinards et de vivre à peu près bien.

J’ai toujours pensé qu’il ne fallait jamais laissé personne sur la route. Je ne suis pas socialiste et vous l’aurez compris. J’ai toujours pensé que les syndicats ont fais beaucoup de tort aux ouvriers ; la CGT surtout qui ne sert qu’au intérêts personnels de quelques uns.

On peut être ambitieux oui, mais malhonnête non. J’ai moi même toujours été ambitieux, pensez donc, le même mois, celui d’octobre de l’année 1961 je suis devenu professionnel, je me suis marié et j’ai acheté une maison, au grand dame de mes beaux parents qui s’inquiétaient. Je leur ai expliqué que s’il m’arrivait quelque chose mon épouse aurait ainsi un pécule. On peut être ambitieux, honnête et penser aux autres … sans laisser sur la route comme se fut le cas dans l’usine où travaillait mon épouse 150 des 450 salariés.

Propos recueillis par Francis Picard

Michel Dejouhannet

 

Né le 5 juillet 1935 à Châteauroux Michel Dejouhannet a participé au Tour de France 1959 dans l’équipe Centre-Midi et a remporté l’étape La RochelleBordeaux. A 81 ans il a su conserver l’esprit bon enfant et a bien voulu répondre à nos questions entre deux tasses à cafés et 3 blaguounettes avant de s’engouffrer dans la voiture officielle au coté de son ami Raymond Poulidor.

Question : Avec une victoire d’étape au Critérium du Dauphiné libéré 1957, une autre lors du Tour de France 1959 et une enfin au Paris-Nice 1960, pensez-vous que vous auriez pu avoir autant d’opportunité avec une oreillette telle qu’utilisée aujourd’hui. En d’autres termes les oreillettes ne sont-elles pas un freins à la course en faisant disparaître toute possibilité d’individualité et le rapports humain des coureurs du peloton.

J’en discutais l’autre jour avec un des participants au tour qui me disait que non, mais j’avoue que j’ai quelques doutes. Le cyclisme a profondément évolué; trop et trop vite peut-être. Il n’est vraiment pas sure que je prendrais autant de plaisir aujourd’hui avec une oreillette ; le Tour reste néanmoins une belle course. La plus belle de toutes.

Question: Le Tour a profondément évolué ces dernières années et les français y restent profondément attachés. Vous rendrez vous à l’une des arrivée d’étape de cette édition 2016.

je serais surement sur la ligne d’arrivée à Limoges, même s’il est vrai que la roue tourne et que l’époque a changé. Je reconnais de moins en moins de monde au seins de l’organisation, a part Raymond (Poulidor), Hinault, Bernard Thévenet et quelques autres.  Vous me dites qu’il arrive quand à Limoges? Le 5 étant le jour de mon anniversaire, je pense qu’il va me falloir décommander quelques amis.

Question: Un pronostique pour le podium à Paris ?

Nibani peut-être mais ce n’est pas évident car le Tour est très ouvert. Parmi les français j’apprécie énormément Pinault.

Question : Quel regard portez vous sur la carrière et les performances de Sylvain Chavanel.

C’est un très bon coureur rattrapé par l’âge (comme nous tous …)

Question: Parmi les légendes du Tour quel est le coureur qui vous a donné envie de faire du vélo.

Sans aucun doute Fausto Copi avec qui j’ai eu l’occasion de courir.  A l’époque la majorité était à 21 ans et il fallait l’autorisation des parents pour avoir une licence. J’ai fais une fausse déclaration, mais il y a prescription. Je suis aller voir un marchand de cycle et c’est lui qui m’a apprit qu’il y avait différents types de licences, Amateur, Indépendant, Pro. J’ai pris la licence d’indépendant, et bien que cela ait été une bêtise car çà m’a fermé la porte des jeux olympiques, j’ai quand pu réaliser mon rêve de gosse … courir avec Copi.

Propos recueillis par Picard Francis