Sylvain Chavanel

A quelques jours du départ du Tour de France 2016, et après un début de saison qui l’aura vu participer au Tour de Belgique, aux trois jours de la Panne, à l’étoile de Bessèges ou encore aux 4 jours de Dunkerque, Sylvain Chavanel nous accordait une interview lors d’une rencontre impromptue au coté de: Raymond Poulidor, Michel Grain, Christian Poirier, Jean-Claude Genty, Guy Epaud, Michel Dejouhannet.

Question: Comment vous sentez-vous  physiquement, et quelles sont vos ambitions cette année sur le Tour au sein de votre nouvelle équipe Direct Energie.

C’est vrai que le début de saison a été bien rempli. Je fais actuellement 4h de vélo par jour, ce qui commence à faire pas mal de kilomètres, mais pour ce qui est de mes ambitions sur le Tour, elles restent liées à mon gabarit qui est un peu trop massif pour la montagne et le classement général.
Un contre la montre, ou pourquoi pas une victoire d’étape ; tout dépend de la stratégie mise en place par l’équipe et de ma forme durant les 3 semaines de courses à venir.

Question: Durant les premières saisons de votre carrière professionnelle, votre objectif principal était semble t-il le Tour de France, au point que  vous auriez déclaré dans une interview à L’humanité pour justifier votre profil de coureur : « Je suis un attaquant, j’ai envie de provoquer, de mettre le bordel dans le peloton».
 Sans parler de mettre le bordel, les mauvaises langues renchériraient que le peloton ne vous aura pas attendu pour cela, vous aurez réussit à marquer de votre empreinte le monde du cyclisme professionnel, au point d’être aujourd’hui encore classé 135e  à l’UCI, après 42 victoires toutes courses confondues et plus de 100 podiums tout au long de votre carrière. Quel est votre plus beau souvenir sur le Tour.

Sans aucun doute mon tout premier Tour de France en 2001. J’étais le benjamin de l’épreuve et je me retrouvais d’un seul coup au milieu des champions que je voyais à la télé. J’avais les yeux émerveillés par les Virenque ou Jalabert.
Par la suite il y a eut bien sûre le maillot jaune que j’ai porté à 2 reprises et mes 3 victoires d’étapes. Au final j’aurais eut la chance de porter tous les maillots au moins une fois, ce qui n’est pas si mal.
J’ai enormément de bons souvenirs mais aussi quelques mauvais …

Lesquels sans vouloir être indiscret ?


… celui de l’an dernier fait partis de mes plus mauvais souvenirs à cause de mes problèmes de santé. Une bronchite mal soignée et la volonté un peu imbécile de vouloir aller jusqu’à Paris sans abandonner ni tenir compte des conséquences. Avoir voulu pousser trop loin les limites du raisonnable.

Question: Pour avoir certainement reconnu le parcours de la 4e étape du Tour, et connaître ce  paysage qui reste celui de votre terrain de jeu (rappelons que vous êtes natif et habitez à quelques kilomètre de chez nous), convenons que la portion empruntée à la Puye n’est certainement pas des plus technique et pourrait être l’occasion de belles échappées. Pensez-vous qu’en tant que régional de l’étape vous auriez une carte à jouer sur vos terres le 5 juillet prochain?

Pour bien connaître le secteur, disons qu’il s’agit d’une étape de sprinter. Partant de là les places risques d’être chères car beaucoup voudront arrivés bien placés à Limoges. C’est vrai que j’aimerais au moins pouvoir faire juste un clin d’oeil (ou un peu plus), mais tout dépend de ce que l’équipe décidera de mettre en œuvre autour de Bryan Coquard.

Question: Un doublé des frères Chavanel entre Châtellerault et la Puye serait-il envisageable?

Tout est toujours possible dans un Tour, c’est ce qui fait le charme de la course.

Question:  Après 15 Tours de France, 3 victoires d’étapes, 2 prix de la combativité ; avoir porté à 2 reprises le maillot jaune, à bientôt 37 ans comment envisagez vous la suite de votre carrière après cette édition 2016.

J’aborde ce Tour comme celui qui pourrait être le dernier, même si je pense qu’il peut me rester encore 1 ou 2 bonnes années à faire au sein du cyclisme professionnel. Pour le reste, c’est vrai que je commence à réfléchir de plus en plus sérieusement à ma reconversion, même s’il est vrai que la conjoncture actuelle n’est pas évidente.
Une chose est sure, c’est que je vais enfin pouvoir être plus souvent auprès des miens. Profiter des plaisirs de la vie et voir grandir mes enfants.

Question: La Puye fête cette année ses 900 ans et l’occasion du passage du Tour de France nous est apparue être une bonne occasion de mettre en parallèle notre propre histoire avec celle des légendes du Tour.  Parmi tous les coureurs de légende, quel est celui qui vous a donné envie d’y aller. De monter sur un vélo au point de vouloir devenir à votre tour un champion.

Indurain, Chiappucci et les coureurs de cette génération sont surement ceux qui m’ont donné envie de franchir le pas ; mais le premier d’entre tous reste sans aucun doute mon Père qui était un très bon coureur au sein de la pédale chatelleraudaise et qui a donné le virus à toute la famille. A ses frères d’abord et à ses enfants par la suite.

Question: Vous amitié pour les anciens pros  vous amène à participer autant que faire se peut à la Michel Grain, course en ligne se déroulant chaque année à Nieul l’espoir (86) et dont la notoriété tient plus à la présence de légendes du Tour tel que Raymond Poulidor ou Michel Grain qu’à la réelle difficulté du parcours.
 Le cyclisme professionnel a profondément évolué ces dernières décennies. Quel regard portez-vous sur la carrière de gens tels que Raymond Poulidor et sa popularité toujours intact à près de 80 ans sur le bord de nos routes.

J’ai beaucoup de mal à regarder en arrière. Il y a eu de champions avant nous et heureusement il y en aura aussi beaucoup après, mais c’est vrai que Raymond Poulidor a su garder une place à part dans le cœur du public. Le vélo est une grande famille vous savez. On y trouve de belles histoires d’amitié. J’aime bien me rendre sur la « Michel Grain » ou d’autres épreuves quand c’est possible pour retrouver les anciens. J’aborde ces courses comme des séances d’entrainement.

Question: Quel est selon vous au seins des coureurs poitevins, celui (ou ceux) qui vous semble promis à un bel avenir sur les podiums ?

J’en citerais deux. Valentin Ferron qui est un voisin et Thomas Bonnet. Ce sont à mon sens deux grands espoirs du cyclisme. Le premier cumule cette année les bons résultats; quand au second, spécialiste de cyclo-cross il a remporté la médaille de bronze lors de sa première participation aux mondiaux en Belgique.

Question: Mis à part vous bien évidement, qui voyez vous sur le podium à Paris ?

La course reste très ouverte et il n’est pas facile de faire un pronostique de l’intérieur. Comme je vous le disait ma 4e place à l’étoile de Bessèges, 5e  aux trois jours de la Panne ou encore 13e au Tour de Belgique ne doivent pas faire oublier mon gabarit peu taillé pour le général. Il vous reste  180 coureurs dans le peloton, alors « bon pronostique à vous ».